de délais à cette occupation, avant que l'expulsion puisse être mise en

œuvre. En dépit de ce sursis, depuis plus d'une semaine, la Police aux

Frontières et les policiers dijonnais contrôlent quotidiennement les

habitants de « la caserne », rentrent dans les maisons, emmènent chaque

jour des personnes en Garde à Vue, distribuent des OQTF (Obligation de

Quitter le Territoire Français) en dépit des lois relatives aux

ressortissants européens, et menacent de sévir si les familles ne

partent pas d'elles mêmes.


La présence policière à la caserne et le harcèlement quotidien n'ont

malheureusement rien de nouveau, mais il semble actuellement que la

préfecture fasse dans l'innovation sinon dans le zèle. Deux personnes

ont déjà été emmenées en centre de rétention, alors qu'elles pouvaient

pourtant prouver qu'elles étaient en France depuis moins de trois mois

et qu'elles n'avaient donc aucune raison de recevoir une OQTF. On ne

compte plus les pressions et les abus de toute sortes, dernier exemple

en date dimanche dernier devant la caserne, séparer une mère plusieurs

heures de son bébé de quelques mois malade alors qu'elle devait

allaiter, pour emmener celle-ci en contrôle d'identité au commissariat.

De manière plus générale, nous faisons face à la judiciarisation de

chaque faits et gestes de la vie des Roms, qui semblent devenir

prétextes permanents à créer des délits qui ne s'appliquent qu'à leur

encontre : trouble à l'ordre public passible d'expulsion pour avoir

récupéré des vêtements dans une poubelle, amendes à répétition pour

mendicité prélevées souvent sans même un procès verbal, amendes pour

« traversée irrégulière de la chaussée »...

*# Des « solutions » au « problème Rom » ?*

Face au soit-disant « problème Rom» annoncé dans le « Bien public » du

21 janvier, nous apprenons le 8 février dans ce même journal que M.

François Rebsamen, Maire de la ville et M. Christian de Lavernée,

préfet, se seraient rencontrés il y a quelques semaines afin

« d'imaginer des solutions ». Tout ce que nous voyons poindre pour

l'instant en guise de « solutions », ce sont les mêmes dispositifs

répressifs que l'an dernier au moment où les autorités locales voulaient

évacuer les squats de la route de Langres : arrestations à la

chaîne,menaces, filatures policières, articles de presse et déclarations

discriminantes...

En avril dernier déjà, tout s'était mis en place pour semer la terreur,

forcer des personnes qui sont pourtant officiellement citoyennes

européennes à quitter Dijon, vider les squats petit à petit et tenter

d'éviter le scandale d'une expulsion policière, massive et sûrement trop

visible, de dizaines d'adultes et d'enfants, pour certains installés

depuis plusieurs années sur la commune.

Aujourd'hui, nous ne voulons plus permettre que cette histoire se répète

et nous ne pouvons rester silencieux face aux mensonges policiers étalés

à répétition dans la presse.

Pour les collectifs et individus qui côtoient, sans angélisme, depuis

longtemps, ces personnes au quotidien à Dijon, il est clair que la

litanie des « arrivées et départs planifiés par une organisation qui les

exploite et tire de grands profits de la mendicité ou des vols », ou

encore d'une « société parallèle, gérée par des patrons, qui organisent

les tours de manche, frappent ceux qui ne rapportent pas assez,

apprennent aux plus jeunes le vol et la ruse, esclavagisent leur peuple

à l'échelle d'un continent, et s'enrichissent de la misère des leurs »

pour reprendre quelques uns des termes de Gilles Dupont dans ses

articles parus le 21 janvier et 8 février 2010, tiennent avant tout d'un

pur condensé de fantasmes xénophobes. On pourrait s'étonner que de tels

articles, écrits par quelqu'un qui n'est apparemment jamais sorti de son

bureau et s'est contenté de rapporter la parole policière, puissent

passer à la une du journal local. Cette propagande n'a malheureusement

rien de fortuit, elle reflète l'histoire d'une population

« indésirable » et considérée comme anormale, qui a subi au cours du

siècle dernier les pogroms, l'extermination nazie, et le rejet constant

de divers pays européens. Si la misère des Roms a bien une origine, ce

sont les dispositifs et pratiques institutionnelles qui perdurent en

France comme dans la plupart des autres pays de l'UE, et ce malgré les

incantations officielles de la Commission Européenne à ce que ces

discriminations cessent.

Ces discriminations sont légitimées par les croyances populaires, la

presse et les montages policiers, mais aussi, et il faut le souligner,

par les paroles et les actes de divers élus locaux qui affichent un

volontarisme certain quand il s'agit de faire du nettoyage par le vide,

à l'instar de M. Rebsamen qui avait dénoncé entre autre dans le Bien

Public du 31 mars 2009, « ceux qui vivent d'escroquerie permanente »

pour justifier que le CCAS refuse de les domicilier. Cela lui avait valu

des critiques véhémentes d'un grand nombre de collectifs de Dijon et

d'ailleurs dont le collectif national « roms europe ».

*# Preuves à charge contre les Roms dijonnais ?*

En terme d' « escroqueries » diverses et variées, ce que Mr Gilles

Dupont, qui semble pourtant si bien informé des faits et gestes

judiciaires, se garde bien de dire, c'est que les procédures menées

contre des Roms dijonnais depuis un an ont très largement périclité. Le

minimum de sérieux attendu d'un journaliste pourrait être qu'il vérifie

un tant soit peu ses sources et s'intéresse à l'avancée de la procédure

avant d'étaler des propos nauséabonds dans la presse.

Les soit-disantes preuves à charge contre les « Roms » dijonnais,

répétées inlassablement dans trois articles du Bien Public publiés sous

la plume de ce même journaliste depuis le mois de janvier, seraient des

faits d'escroquerie à la CAF et à la CPAM, de recel, d'aide au séjour

irrégulier ou encore d'escroquerie sur des personnes âgées vulnérables.

Pourtant quand on s'intéresse de plus près au dossier, auprès des

personnes concernées et de leurs avocats, on s'aperçoit que ces

accusations ne tenaient tellement pas debout que sur les dix personnes

interpellées en avril dernier, la plupart ont obtenu un non-lieu avant

même d'être jugées. La plupart des charges sont tombées et la justice a

fini par reconnaître ce mois ci avant tout procès, que dans la grande

majorité des cas, aucun délit n'avait été commis. Cela n'a pas empêché

divers des Roms accusés de subir des mois de prisons et de contrôle

judiciaire...pour rien. Il y a beaucoup à dire sur les tenants et

aboutissants de ces montages policiers et politiques. Une conférence de

presse est d'ailleurs prévue le 23 février à Dijon pour revenir en

détail sur ces faits. (voir ci-dessous)

Divers collectifs et associations dijonnaises essaient de développer une

solidarité pratique avec les roms, et de trouver avec eux, des solutions

pour qu'ils/elles puissent continuer à vivre dans des conditions

décentes à Dijon. C'est d'un soutien visible, concret, politique, sous

diverses formes, à la « caserne » et dans Dijon, que ces personnes ont

maintenant urgemment besoin, si l'on veut faire cesser ce harcèlement

xénophobe. Les luttes gagnent parfois pas à pas : la semaine dernière à

Bordeaux, plus de 150 Roms d'origine bulgares ont manifesté dans les

rues de la ville. Ils ont fini par obtenir à force de pression que la

municipalité leur remette l'électricité et des blocs sanitaires dans un

des grands lieux qu'ils occupent, ainsi que des cartes de séjour et

l'arrêt de poursuites judiciaires à l'encontre de 5 d'entre eux.

*Caisse de Solidarité dijonnaise.* contact : caisse-de-solidarite@brassicanigra.org