Communiqué de la caisse de solidarité dijonnaise
mercredi 10 février 2010 à 18:49 - Dijon - Lien permanent
Communiqué de la caisse de solidarité dijonnaise, suivit d'un invitation
à une conférence de presse le 23 février à 18h, au cinéma Eldorado
Disponible aussi à l'adresse suivante :
http://rusf21.lautre.net/roms-dijon/com090210.pdf
et : http://rusf21.lautre.net/roms-dijon/communique090210.html
contact : caisse-de-solidarite@brassicanigra.org
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**** A Dijon, chasse aux roms et propagande xénophobe, ça suffit ! ****
La Chasse aux Roms s'est de nouveau déchaînée depuis plus d'une semaine
à Dijon, dans le but apparent de vider les casernes à l'abandon, où une
centaine d'entre eux vivent tant bien que mal. Le vendredi 11 décembre,
le Tribunal d'Instance avait en effet décidé d'accorder plusieurs mois
de délais à cette occupation, avant que l'expulsion puisse être mise en
œuvre. En dépit de ce sursis, depuis plus d'une semaine, la Police aux
Frontières et les policiers dijonnais contrôlent quotidiennement les
habitants de « la caserne », rentrent dans les maisons, emmènent chaque
jour des personnes en Garde à Vue, distribuent des OQTF (Obligation de
Quitter le Territoire Français) en dépit des lois relatives aux
ressortissants européens, et menacent de sévir si les familles ne
partent pas d'elles mêmes.
La présence policière à la caserne et le harcèlement quotidien n'ont
malheureusement rien de nouveau, mais il semble actuellement que la
préfecture fasse dans l'innovation sinon dans le zèle. Deux personnes
ont déjà été emmenées en centre de rétention, alors qu'elles pouvaient
pourtant prouver qu'elles étaient en France depuis moins de trois mois
et qu'elles n'avaient donc aucune raison de recevoir une OQTF. On ne
compte plus les pressions et les abus de toute sortes, dernier exemple
en date dimanche dernier devant la caserne, séparer une mère plusieurs
heures de son bébé de quelques mois malade alors qu'elle devait
allaiter, pour emmener celle-ci en contrôle d'identité au commissariat.
De manière plus générale, nous faisons face à la judiciarisation de
chaque faits et gestes de la vie des Roms, qui semblent devenir
prétextes permanents à créer des délits qui ne s'appliquent qu'à leur
encontre : trouble à l'ordre public passible d'expulsion pour avoir
récupéré des vêtements dans une poubelle, amendes à répétition pour
mendicité prélevées souvent sans même un procès verbal, amendes pour
« traversée irrégulière de la chaussée »...
*# Des « solutions » au « problème Rom » ?*
Face au soit-disant « problème Rom» annoncé dans le « Bien public » du
21 janvier, nous apprenons le 8 février dans ce même journal que M.
François Rebsamen, Maire de la ville et M. Christian de Lavernée,
préfet, se seraient rencontrés il y a quelques semaines afin
« d'imaginer des solutions ». Tout ce que nous voyons poindre pour
l'instant en guise de « solutions », ce sont les mêmes dispositifs
répressifs que l'an dernier au moment où les autorités locales voulaient
évacuer les squats de la route de Langres : arrestations à la
chaîne,menaces, filatures policières, articles de presse et déclarations
discriminantes...
En avril dernier déjà, tout s'était mis en place pour semer la terreur,
forcer des personnes qui sont pourtant officiellement citoyennes
européennes à quitter Dijon, vider les squats petit à petit et tenter
d'éviter le scandale d'une expulsion policière, massive et sûrement trop
visible, de dizaines d'adultes et d'enfants, pour certains installés
depuis plusieurs années sur la commune.
Aujourd'hui, nous ne voulons plus permettre que cette histoire se répète
et nous ne pouvons rester silencieux face aux mensonges policiers étalés
à répétition dans la presse.
Pour les collectifs et individus qui côtoient, sans angélisme, depuis
longtemps, ces personnes au quotidien à Dijon, il est clair que la
litanie des « arrivées et départs planifiés par une organisation qui les
exploite et tire de grands profits de la mendicité ou des vols », ou
encore d'une « société parallèle, gérée par des patrons, qui organisent
les tours de manche, frappent ceux qui ne rapportent pas assez,
apprennent aux plus jeunes le vol et la ruse, esclavagisent leur peuple
à l'échelle d'un continent, et s'enrichissent de la misère des leurs »
pour reprendre quelques uns des termes de Gilles Dupont dans ses
articles parus le 21 janvier et 8 février 2010, tiennent avant tout d'un
pur condensé de fantasmes xénophobes. On pourrait s'étonner que de tels
articles, écrits par quelqu'un qui n'est apparemment jamais sorti de son
bureau et s'est contenté de rapporter la parole policière, puissent
passer à la une du journal local. Cette propagande n'a malheureusement
rien de fortuit, elle reflète l'histoire d'une population
« indésirable » et considérée comme anormale, qui a subi au cours du
siècle dernier les pogroms, l'extermination nazie, et le rejet constant
de divers pays européens. Si la misère des Roms a bien une origine, ce
sont les dispositifs et pratiques institutionnelles qui perdurent en
France comme dans la plupart des autres pays de l'UE, et ce malgré les
incantations officielles de la Commission Européenne à ce que ces
discriminations cessent.
Ces discriminations sont légitimées par les croyances populaires, la
presse et les montages policiers, mais aussi, et il faut le souligner,
par les paroles et les actes de divers élus locaux qui affichent un
volontarisme certain quand il s'agit de faire du nettoyage par le vide,
à l'instar de M. Rebsamen qui avait dénoncé entre autre dans le Bien
Public du 31 mars 2009, « ceux qui vivent d'escroquerie permanente »
pour justifier que le CCAS refuse de les domicilier. Cela lui avait valu
des critiques véhémentes d'un grand nombre de collectifs de Dijon et
d'ailleurs dont le collectif national « roms europe ».
*# Preuves à charge contre les Roms dijonnais ?*
En terme d' « escroqueries » diverses et variées, ce que Mr Gilles
Dupont, qui semble pourtant si bien informé des faits et gestes
judiciaires, se garde bien de dire, c'est que les procédures menées
contre des Roms dijonnais depuis un an ont très largement périclité. Le
minimum de sérieux attendu d'un journaliste pourrait être qu'il vérifie
un tant soit peu ses sources et s'intéresse à l'avancée de la procédure
avant d'étaler des propos nauséabonds dans la presse.
Les soit-disantes preuves à charge contre les « Roms » dijonnais,
répétées inlassablement dans trois articles du Bien Public publiés sous
la plume de ce même journaliste depuis le mois de janvier, seraient des
faits d'escroquerie à la CAF et à la CPAM, de recel, d'aide au séjour
irrégulier ou encore d'escroquerie sur des personnes âgées vulnérables.
Pourtant quand on s'intéresse de plus près au dossier, auprès des
personnes concernées et de leurs avocats, on s'aperçoit que ces
accusations ne tenaient tellement pas debout que sur les dix personnes
interpellées en avril dernier, la plupart ont obtenu un non-lieu avant
même d'être jugées. La plupart des charges sont tombées et la justice a
fini par reconnaître ce mois ci avant tout procès, que dans la grande
majorité des cas, aucun délit n'avait été commis. Cela n'a pas empêché
divers des Roms accusés de subir des mois de prisons et de contrôle
judiciaire...pour rien. Il y a beaucoup à dire sur les tenants et
aboutissants de ces montages policiers et politiques. Une conférence de
presse est d'ailleurs prévue le 23 février à Dijon pour revenir en
détail sur ces faits. (voir ci-dessous)
Divers collectifs et associations dijonnaises essaient de développer une
solidarité pratique avec les roms, et de trouver avec eux, des solutions
pour qu'ils/elles puissent continuer à vivre dans des conditions
décentes à Dijon. C'est d'un soutien visible, concret, politique, sous
diverses formes, à la « caserne » et dans Dijon, que ces personnes ont
maintenant urgemment besoin, si l'on veut faire cesser ce harcèlement
xénophobe. Les luttes gagnent parfois pas à pas : la semaine dernière à
Bordeaux, plus de 150 Roms d'origine bulgares ont manifesté dans les
rues de la ville. Ils ont fini par obtenir à force de pression que la
municipalité leur remette l'électricité et des blocs sanitaires dans un
des grands lieux qu'ils occupent, ainsi que des cartes de séjour et
l'arrêt de poursuites judiciaires à l'encontre de 5 d'entre eux.
*Caisse de Solidarité dijonnaise.* contact : caisse-de-solidarite@brassicanigra.org



