Mexique : une communauté indigène zapatiste expulsée par la police
dimanche 7 février 2010 à 15:54 - En vrac - Lien permanent
La guerre de basse intensité menée par les autorités mexicaines (fédérales, régionales et locales) contre les populations indigènes, mayas et zoques du Chiapas, s'intensifie. Pour permettre la mise en place d'un projet baptisé « écotouristique », la police de l'Etat du Chiapas, aux ordres du gouverneur PRD Juan Sabines, vient de franchir un degré de plus dans l'escalade vers ce que les zapatistes désignent comme une véritable « guerre d'extermination
contre les peuples indigènes ». Lors d'une brutale opération, réunissant
des policiers fédéraux et des fonctionnaires du gouvernement local,
parmi lesquels des représentants du ministère de « l'Environnement » ,
les forces de l'ordre ont brûlé les maisons, avec tous leurs effets
personnels, des habitants du Poblado Laguna San Pedro.
Ils ont saccagé
les cultures (y compris les réserves de semences d
e maïs et de haricots,
ainsi que des arbres fruitiers) et pillé la boutique coopérative des
membres de cette communauté de la Forêt Lacandone, appartenant au
municipe autonome "Ricardo Flores Magón".
Ceux-ci ont ensuite été
emmenés de force, avec des hélicoptères, vers la ville de Palenque. Les
autorités prétendent vouloir reloger les personnes ainsi déplacées dans
une zone « en dehors de la réserve de la biosphère », opérer une
reforestation et, au passage, développer des cultures...destinées à la
fabrication de « biodiesel ».
L'Etat mexicain et les multinationales de l'énergie et des « loisirs »
s'arrogent ainsi le droit, au nom de la défense de l'environnement,
d'expulser des populations qui ont pourtant démontré depuis des
millénaires leur capacité à vivre en harmonie, sans l'aide de quiconque,
dans ces régions de forêts tropicales.
Il faut noter que cette politique
d'expulsions de la région des "Montes Azules",
préparée depuis des
années(1), compte sur l'appui de gouvernements
étrangers, parmi lesquels ceux de l'Union Européenne (avec le tristement
célèbre programme "Prodesis"), et de plusieurs multinationales de
l'environnement, telles que "Conservation International" et le "WWF"(2).
Une simple lecture de la composition des Conseils
d'Administration de ces ONG permet de comprendre qu'à côté des
méga-projets touristiques se dissimulent également les convoitises sur
le pétrole, l'uranium, l'or et surtout la formidable biodiversité que
recèle encore, malgré des décennies de pillage, ces régions du Sud-Est
mexicain.
Dans un communiqué, le Conseil de Bon Gouvernement de "La
Garrucha" s'adresse à la « société civile nationale et internationale »,
pour lui demander sa solidarité face à de tels agissements.
Pendant ce temps, la routine de la terreur continue son petit bonhomme
de chemin, un peu partout au Mexique. Dans des régions soumises au
contrôle direct de l'armée, les enlèvements et les assassinats se
multiplient. 8000 meurtres, au cours de ces derniers douze mois, sont
imputés aux gangs du narco-trafic, dont les connections avec les forces
policières et militaires, ainsi qu'avec des responsables des trois
grands partis politiques (PRI, PAN et PRD), ne sont plus à démontrer.
Hier, 31 janvier, des tueurs ont froidement abattu treize jeunes gens de
14 à 18 ans, qui fêtaient la victoire de leur équipe de foot. Cela se
passait à Ciudad Juárez, cette ville proche de la frontière avec les
USA, où les usines de montage tournent à fond, et où des centaines de
jeunes femmes ont été assassinées depuis 1995, sans qu'aucune enquête
n'aboutisse.
Mais tout n'est pas noir dans ce tableau, diront certains : le Mexique
accueillera, en grande pompe, le prochain sommet mondial sur
l'environnement.
Jean-Pierre Petit-Gras
(1) Cette dernière opération policière a été opportunément lancée suite
à la requête des « propriétaires » de plusieurs centaines de milliers
d'hectares dans la région des Montes Azules.
Il s'agit de quelques
dizaines de membres d'une communauté « lacandone » à qui le président
Luis Echeverria -par ailleurs responsable d'une terrible « sale guerre »
contre les opposants après les massacres de Tlatelolco à Mexico- avait
« offert » ces 617 000 hectares, prévoyant de les instrumentaliser contre
les milliers de jeunes indigènes, à la recherche d'un lieu pour vivre,
qui étaient en train de s'y installer.
(2) A la tête de cette dernière, on note, pêle-mêle, un ancien directeur
général de Shell, un ministre des finances du Pakistan, un ancien premier
ministre des Pays-Bas, une dirigeante de Coca-Cola (secteur environnement,
bien sûr)et une pléïade de têtes couronnées.



