un premier temps, à annoncer que la plupart des migrants étaient égyptiens et que les trois embarcations étaient parties du port de Sid Belal Janzur, avec au total 257 personnes à bord. Quant à l¹Organisation internationale pour les migrations (OIM), elle annonçait deux jours après, le 31 mars, que le nombre de victimes des trois bateaux était estimé à 300. En Italie (pays de destination de ces voyageurs), la presse a alternativement repris les informations libyennes et affirmé que les 257 personnes visées n¹occupaient qu¹un seul des trois bateaux : ce qui, si cela était avéré, donnerait une estimation beaucoup plus effroyable du nombre total de disparus.

Au-delà de ces macabres estimations, très choquantes sont les déclarations libyennes, qui font de cette tragédie la conséquence du vent très fort qui régnait alors. La responsabilité de cette hécatombe ne doit-elle pas plutôt être attribuée à l¹Union européenne, qui promet 20 millions d¹euros à l¹Etat libyen en échange de sa collaboration dans la lutte contre l¹immigration irrégulière ? A l¹Italie, qui depuis 2000 continue à signer divers « traités d¹amitié » incluant des clauses migratoires avec cette dictature ? Et encore à la Libye qui, comme ses voisins du Maghreb, utilise les migrants comme monnaie d¹échange pour obtenir une position privilégiée dans les négociations internationales ?

Il est à craindre que la réaction des autorités face à cette nouvelle tragédie soit, une fois encore, d¹instrumentaliser ces événements dramatiques, sans considération des causes réelles qui poussent les migrants à prendre des risques mortels pour rejoindre l¹Europe, afin de justifier le durcissement des contrôles.

On doit craindre aussi, sur cette portion de frontières maritimes, les effets du projet italien d¹externaliser les opérations de patrouille le long des côtes libyennes, qui ne feront qu¹augmenter le nombre de tragédies en mer et de mises en péril des personnes refoulées dans ce pays de non-droit qu¹est la Libye.

Migreurop demande que l¹Union européenne, et notamment l¹Italie, stoppe les négociations avec la Libye. A plus court terme, Migreurop demande que clarté soit faite sur ce naufrage, que les opérations de recherche continuent, afin que soit donné un nom à ces migrants pour qu¹ils ne soient pas destinés, comme tous les naufragés de la migration, à l¹oubli. N¹en sont pas moins indispensables la poursuite et la condamnation des vrais responsables de cette véritable guerre que l¹Europe a déclaré aux migrants, à ses frontières et au-delà.

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